Une nuit pas comme les autres

Seule sur le trottoir du pont, elle regarde l’eau du fleuve couler au gré du courant. Il est minuit passé, et elle sait qu’elle ne devrait pas traîner seule dans les rues à une heure aussi tardive. Mais il lui est impossible de retourner dans son appartement qu’elle a quitté en trombe une demi-heure plus tôt. Il n y a pas un chat dans la rue, à part une voiture qui passe de temps à autre. Le temps est comme suspendu. Elle observe les feuilles des arbres mises en mouvement par une légère brise, le long de la berge. Le brouhaha habituel de la journée a laissé place à un  silence de mort.

Quelques larmes coulent le long de ses joues. Elle aimerait  hurler, crier à pleins poumons, tant elle a la sensation d’étouffer.

« Je ne le reverrai plus… » S’entend-elle dire à haute voix.

Quelle sensation atroce. Et pourquoi cela fait-il si mal ? Elle porte les yeux au ciel et scrute les quelques étoiles rescapées, qui brillent tant bien que mal.

« Qu’est ce que je vais devenir sans toi ? »

Elle prend alors son téléphone dans la poche arrière de son jean. Sans réfléchir, elle appelle le contact « Papa ». Elle a l’espoir un peu fou que c’est lui qui décrochera, pour lui dire qu’il s’agit d’une erreur monumentale, que c’est son esprit farfelu qui a tout inventé.

« Vous êtes bien sur le répondeur de Mohamed Sy, je ne suis pas disponible pour le moment, alors laissez-moi un message je vous rappelle dès que possible. »

Sa voix est chaleureuse, elle est si réelle, si palpable, que c’est comme s’il se tient là, juste devant elle.

« Papa, c’est moi,  dit-elle le cœur serré, j’ai commencé à lire le livre que tu m’as conseillé, celui d’Aimé Césaire, mais c’est trop compliqué, c’est pour les intellos comme toi, je t’assure, faut que je relise au moins quatre fois avant de comprendre une phrase ! J’ai plus de neurones pour ça, mais promis je ferai le maximum pour le finir bientôt pour qu’on en discute. Je te laisse, rappelle-moi  dès que tu peux. »

En raccrochant, une  sensation de soulagement la saisit. Toute cette histoire, cet appel qu’elle a reçu à 23h30, les sanglots de sa mère, cette annonce, tout ceci n’était que le fruit de son imagination. Elle peut rentrer chez elle pour aller se coucher et attendre tranquillement l’appel de son père.

Alors qu’elle s’apprête à retourner dans son appartement, elle entend son téléphone vibrer, signalant qu’elle a reçu un message. Son cœur palpite. Serait-ce son père qui la recontacte ? Elle se saisit vivement de son téléphone, mais c’est un message provenant de son frère qu’elle découvre :

« Je t’appelle mais je tombe sur ta messagerie. J’ai appris la nouvelle, appelle-moi quand tu vois mon message. Je voyage demain pour venir te voir, fais attention à toi. »

En lisant cela, elle est prise d’un haut-le-cœur. Ce message de son grand frère la ramène soudain à la réalité. Son père est donc vraiment mort, parti à jamais…

Derrière elle, une voiture ralentit sur la chaussée.

« C’est combien mademoiselle ? »

Elle se retourne mécaniquement, et voit un homme dégarni, conduisant une voiture familiale verte.

« Rentre chez toi, embrasse ta femme comme il faut, et occupe toi de tes enfants, il se pourrait bien que ce soir soit ton dernier jour ! »

L’homme démarre la voiture et s’éloigne, laissant Selma seule sur le pont.

 

Naima S. A. Diallo (auteure de « Comment je suis devenue prof »)

Suggestions des internautes : voyage, espoir, inventer, livre, intello, chat

The End ‘s beginning… 

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